
Saint-Denis, Aubervilliers, Saint-Ouen, France
Le Projet urbain de la Plaine Saint-Denis
Résumé
Les villes de Saint-Denis, Aubervilliers et Saint-Ouen ont décidé de se lancer d'un commun accord dans la reconquête d'un ancien site de tradition industrielle de 780 hectares, la Plaine Saint-Denis, dégradé et morcelé par la présence de nombreuses friches et d'infrastructures de transport, dévalorisé sur le plan de l'habitat et caractérisé par des équipements vétustes. Un vaste programme de réaménagement de la zone a donc été arrêté avec pour objectif de favoriser la mixité des fonctions urbaines, d'intégrer ce territoire à la ville, d'offrir un lieu de vie et de travail agréable aux habitants. Certains travaux ont d'ores et déjà été achevés (Stade de France, couverture de l'autoroute etc.) mais le territoire est toujours en pleine restructuration.
Objectifs
Reconquérir un site de tradition industrielle en favorisant la mixité des fonctions activités-habitat-équipements et en privilégiant le paysage et l'espace public pour donner une cohérence et un sens à l'organisation urbaine. Accueillir à terme 100 000 occupants (2/3 salariés, 1/3 habitants) contre moins de 60 000 aujourd'hui. Considérer la Plaine de façon globale en prenant en compte tous les aspects du développement urbain et leurs interactions. Inscrire l'opération dans la durée et la concertation en associant un maximum d'acteurs et avant tout la population.
Etat du projet
Les transformations du site se poursuivent.
Contexte
La Plaine Saint-Denis est un vaste territoire intercommunal de 780 hectares. Il s'est urbanisé au XIXème siècle. Les industries textiles, chimiques, métallurgiques, électriques et de production de gaz et d'électricité se sont implantées sur ce territoire limitrophe de Paris, du fait de sa desserte par le réseau ferré, de la présence du Canal Saint-Denis et de la Seine. Il se trouve au carrefour de deux axes de communication très anciens qui le structurent dont la voie royale de Paris à Saint-Denis dans le sens Nord/Sud aujourd'hui appelée avenue du Président Wilson (occupée partiellement par l'autoroute A1). Le site est d'autre part bordé par le boulevard périphérique de Paris au Sud et traversé par l'autoroute A86.
Le territoire constitué en partie de grandes friches et de bâtiments vétustes donne à voir un paysage dégradé doté néanmoins de fortes potentialités (voies d'eau, dessertes autoroutières et en transport en commun, bâtiments industriels à l'architecture souvent remarquable). A côté d'un noyau stable mais réduit de grandes entreprises, des PME s'installent, ferment ou déménagent à un rythme plus élevé qu'ailleurs. L'habitat est antérieur à 1948 et constitué essentiellement d'immeubles collectifs le long des quelques axes principaux. La présence de l'autoroute A1 a dégradé la qualité de vie et conduit à une dévalorisation de cet habitat. Les équipements plutôt anciens font l'objet d'une demande croissante de la population.

Stratégie
La première étape du projet a consisté à créer en 1985 un Syndicat Mixte regroupant les 3 communes (Saint-Denis, Aubervilliers et Saint-Ouen) et le Conseil général : la Plaine Renaissance. Ce travail en partenariat a abouti en 1990 à l'approbation commune d'une Charte Intercommunale pour le Développement et l'Aménagement de la Plaine Saint-Denis définissant les objectifs et les moyens nécessaires à la revitalisation économique et urbaine du site. Sur cette base, les communes ont décidé d'élaborer un Projet urbain définissant les principes d'organisation urbaine permettant au territoire de devenir un véritable pôle d'accueil d'activités, de logements et d'équipements. Une Société d'Economie Mixte, la SEM Plaine Développement et un groupement d'intérêt économique, Hippodamos 93, ont alors été créés pour concevoir le projet et assurer sa maîtrise d'ouvrage.
Activités
La recomposition urbaine et l'aménagement du territoire repose sur trois opérations : la couverture de l'autoroute A1 et la réorganisation en surface de l'avenue du Président Wilson (piste cyclable, promenades piétons, réorganisation du stationnement, élargissement des trottoirs, alignement d'arbres), la reconquête du canal Saint-Denis et la création d'un espace coeur de Plaine appelé « Plaine de la Plaine » reposant sur l'aménagement d'importants espaces publics avec passage en site propre de la nouvelle ligne de tramway. L'existence d'une démarche de projet urbain et d'opportunités foncières ont conduit à décider de l'implantation du Stade de France sur le site du Cornillon, situé au nord de la Plaine. Son arrivée a servi de puissant levier à la réalisation de nombreuse infrastructures. Il devrait être un relais entre le centre de Saint-Denis et la Plaine (« urbanisme de relation »). Le territoire du Stade doit accueillir un véritable quartier mixte avec bureaux, logements, activités, équipements et espaces publics forts.
En matière de transport en commun, il a été prévu la prolongation de deux lignes de métro (lignes 13 et 12), l'aménagement de deux stations de RER (Réseau Express Régional), la création d'une ligne de tramway irriguant le centre de la zone dans le sens Nord/Sud, l'adaptation progressive du réseau d'autobus et la réalisation du réseau Orbitale.
Les préoccupations économiques et sociales sont également au coeur du Projet. Il s'agit de développer une nouvelle génération d'entreprises industrielles, d'attirer des activités de pointe et de nouer un véritable partenariat avec ces entreprises afin de les encourager à respecter les principes du développement durable dans leur installation et leur fonctionnement. L'objectif est aussi d'offrir aux habitants actuels et futurs de la zone des emplois, des logements et des équipements. La Plaine Saint-Denis doit devenir une zone cohérente de vie, intégrant dans son fonctionnement les quartiers proches d'habitat social. Sur le plan environnemental, les municipalités ont à affronter deux problèmes majeurs : la pollution des sols par les anciennes installations industrielles et l'assainissement. Deux programmes ont été mis au point. Sur le plan de la démocratie locale, des lieux de débat ont été créés entre les habitants, les élus et les associations.
Partenaires
Un des objectifs de l'opération est d'associer un maximum d'acteurs aux décisions pour en faire des partenaires du devenir de la Plaine. Des structures de coopération et de partenariat ont été développées :
- la SEM Plaine Développement, chargée de la conduite des études urbaines, de la maîtrise foncière, de l'aménagement opérationnel et de la coordination de l'ensemble du Projet urbain, qui associe notamment Saint-Denis, Aubervilliers, la Caisse des Dépôts et Consignation, le Crédit Foncier et la Société Générale ;
- Hippodamos 93, Groupement d'Intérêt Economique, constitué d'un paysagiste, d'architectes et d'urbanistes ;
- La Plaine Renaissance, syndicat d'étude et de développement économique, qui suit et met en oeuvre la Charte Intercommunale d'Aménagement et de Développement, coordonne l'ensemble des actions d'animation, de développement et de promotion de la Plaine, notamment en direction des entreprises, réalise les études générales nécessaires à ses actions et organise la concertation avec les partenaires ;
- Saint-Denis Promotion, association réunissant la majeure partie des entreprises installées sur les 3 communes et même au-delà.
La participation des habitants et des associations au développement du territoire a été recherchée par le biais des réunions de quartier et par la tenue des Assises de la Plaine Saint-Denis (présentation des projets de restructuration du site).
Financement et ressources utilisées
Définie en 1992 comme pôle de redéveloppement économique stratégique dans le Schéma Directeur Régional d'Ile-de-France, la Plaine Saint-Denis bénéficie de l'intervention financière de l'Etat. Ainsi dans le cadre des contrats de plan, l'Etat et la région participent au financement d'opérations soit par subventions soit par portage foncier. L'Etat est aussi présent au travers d'une procédure de Grand Projet Urbain dont le périmètre englobe une partie du secteur de la Plaine. Le département est également un partenaire financier. L'ensemble des partenaires (communes comprises) consacrent plusieurs dizaines de millions de francs par an à l'aménagement de la Plaine.
Résultats et impacts
Le projet a été conçu dans la concertation avec l'organisation de débats par thèmes réunissant entreprises, habitants, aménageurs, associations (les Assises de la Plaine). Aujourd'hui, plusieurs ZAC (Zone d'Aménagement Concerté) sont en cours d'aménagement ou ont été aménagées. La plupart d'entre elles privilégient la mixité des fonctions urbaines avec implantation d'activités, d'équipements et de logements. Des opérations de réhabilitation d'immeubles anciens et de construction de logements neufs ont été menées dans différents quartiers (Landy, Heurault, Pont Tournant etc.). En juin 1998, la couverture de l'autoroute A1 sur laquelle ont été réalisés des aménagements paysagers a été inaugurée. Le projet alterne sur 30 000 m² deux jardins, une grande pelouse, des aires de jeux et deux places publiques. Les deux extrémités de la dalle ont été plantées de pins sylvestres. L'opération a coûté 600 millions de francs.
La décision de l'Etat d'implanter le Stade de France sur le site du « Cornillon » a permis de réaliser en quatre ans des opérations qui ont crédibilisé le projet urbain : amélioration de la desserte par les transports en commun, qualité des espaces publics, augmentation des liaisons Nord/Sud et Est/Ouest, mutations d'anciens sites industriels. Les transformations se poursuivent avec de nombreux projets générés par ce nouvel environnement (2 collèges, livraison de 100 logements, précommercialisation de 100 logements, aménagement de la Place Pleyel, création de plusieurs voies etc.)
Obstacles et conflits
La reconversion et le développement de la Plaine rencontrent un certain nombre de difficultés:
- la situation actuelle de l'immobilier en région parisienne et donc la concurrence qui s'exercent entre plusieurs zones de la première couronne de Paris, susceptibles d'offrir des possibilités de développement similaires (Billancourt, Nanterre-La Défense etc.) ;
- la pollution rencontrée sur certains sites ;
- l'importance des travaux d'aménagement et donc des budgets nécessaires ;
- le manque de moyens financiers et d'outils pour intervenir en matière foncière ;
- les différences de stratégies et d'objectifs entre les différents acteurs financiers ;
- les difficultés de prise en compte des problématiques de gestion alternative de rétention des eaux pluviales.
Ce qu'il faut retenir
Les villes de Saint-Denis, Aubervilliers et Saint-Ouen ont privilégié dans leur Projet urbain la mixité des fonctions urbaines. Elles ont misé sur la durabilité et la qualité des espaces publics. Elles ont enfin fait le pari d'un projet qui s'inscrit dans la durée puisque sa mise en oeuvre est prévue sur 30 ans.
Contact
Contact : Alain Audemar
Directeur général des Services techniques
Mairie de Saint-Denis
2, place Victor Hugo
92300 Saint-Denis
Téléphone : 33 01 49 33 66 66
Télécopie : 33 01 49 33 69 68
Fiche réalisée à partir des documents :
- Villes et développement durable, Objectif XXIème siècle. Sous la direction de Ghislaine Garin-Ferraz, Jacques Masson,, Dominique Royoux et Benoît Théau. Actes du colloque de Poitiers organisé par Cité+ à l'initiative du district de Poitiers, de 4D, d'Orcades et du CNFPT. Article d'Alain Audemar pp. 99-106 : Ville de Saint-Denis, le développement durable, un facteur de renouveau.
- Le projet urbain pour la Plaine Saint-Denis. GIE Hippodamos, Plaine Développement, février 1994
- Rapport de synthèse de l'association 4d (Dossiers et Débats pour le Développement Durable) daté de mars 1996 : Les villes françaises et le développement durable. Rapport de synthèse, fiches de cas et fiches techniques. B. Duhamel, C. Emelianoff, L. Héland, C. Menneghin et J. P. Piéchaud. pp. 81-86
Remerciements
Le texte pour le résumé de ce projet a été constitué par
l'association 4D (Dossiers et débats pour le
développement durable), Paris - E-mail:association4d@globenet.org, 1999.
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